
Pour développer une filière zéro résidu de pesticides (ZRP) en France, deux interlocuteurs répondent à des besoins différents : Agrosolutions présente des missions de conception et de suivi de filières agricoles, tandis que le Collectif Nouveaux Champs anime une démarche ZRP avec des règles techniques et des contrôles par espèce. Une organisation de producteurs, des conseillers agronomiques, des transformateurs et un laboratoire peuvent compléter le dispositif. Le bon accompagnement dépend du périmètre à construire : coordination des partenaires, stratégie de culture, qualité analytique ou débouché commercial.
Quels acteurs mobiliser pour monter une filière ZRP ?
Agrosolutions présente, dans son offre de structuration des filières, un accompagnement qui peut aller des partenariats entre amont et aval à la feuille de route et aux indicateurs de suivi. Son intérêt pour un porteur de projet se situe dans l’ingénierie collective : organiser les rôles des producteurs, des acheteurs et des autres partenaires, préciser les étapes et installer une démarche suivie dans le temps.
Une réalisation consacrée au suivi des résidus pour Panzani illustre un travail sur les substances actives recherchées et celles susceptibles de persister. C’est une référence de méthode présentée par le prestataire, non la preuve qu’un protocole identique convient à toutes les cultures. Agrosolutions mentionne également une réalisation de filière ZRP en cultures industrielles, sans que cela établisse un résultat garanti pour un nouveau projet.
Le Collectif Nouveaux Champs intervient sur un autre volet : son propre programme zéro résidu de pesticides repose notamment sur des stratégies techniques définies avec ses adhérents et adaptées aux espèces. Il apporte un cadre collectif de démarches et de vérifications. Dans le programme du Collectif Nouveaux Champs, l’usage du label suppose notamment l’adhésion, le respect du cahier des charges et des contrôles, ainsi qu’une autorisation d’utilisation en cours de validité. Ces conditions propres au label ne s’imposent pas à toute filière ZRP.
Autour de ces structures, les rôles doivent être distribués sans supposer qu’un prestataire assure tout : les producteurs et leurs conseillers travaillent sur les pratiques culturales ; les opérateurs de collecte et de transformation sur l’identification des lots et les flux ; les laboratoires sur les analyses prévues ; les acheteurs sur les attentes commerciales. Une filière structurée suppose que chacun sache ce qu’il doit fournir, à qui et à quel moment.
Quelles exigences agronomiques et analytiques vérifier ?
« Zéro résidu » ne signifie pas qu’aucune substance pesticide n’a jamais été utilisée ni qu’une analyse peut démontrer l’absence absolue de molécules. Dans le programme Nouveaux Champs, l’engagement concerne les substances actives définies et recherchées : leur résultat analytique doit être inférieur à la limite de quantification (LQ) applicable. Pour la majorité des résidus, le collectif annonce une LQ de 0,01 mg/kg. Ce seuil ne doit pas être appliqué indistinctement à toutes les substances, méthodes ou denrées.
La LQ est le niveau à partir duquel une méthode permet de quantifier une substance dans les conditions qui lui sont propres. Un résultat inférieur à cette limite n’équivaut donc pas à une teneur rigoureusement nulle. Il faut aussi distinguer le cahier des charges privé ZRP de l’agriculture biologique et des limites maximales réglementaires de résidus applicables aux denrées. Le choix d’une démarche privée ne dispense pas du respect de la réglementation.
Selon le cahier des charges et contrôles du programme ZRP, un plan de surveillance prend en compte les risques propres aux espèces et cultures, les prélèvements, les fréquences et les analyses. Le collectif décrit également un référentiel qualité comportant 62 points de la production jusqu’à la distribution ainsi que des contrôles internes et externes. Il s’agit des caractéristiques annoncées de ce programme, non d’un standard universel obligatoire pour toute filière ZRP.

Pour traduire ces principes en travail opérationnel, demandez la liste des substances suivies, leurs LQ respectives, la méthode et la fréquence d’échantillonnage, les étapes où les prélèvements ont lieu, ainsi que les règles de traçabilité et de gestion des écarts. Le plan doit correspondre à l’espèce, au produit fini et aux risques de la chaîne considérée. Les pièces remises par un laboratoire doivent aussi préciser le domaine couvert par sa méthode et, lorsque pertinent, la portée de son accréditation.
Pour les inspections des opérateurs de transformation et de remise directe, l’instruction ministérielle sur les résidus de pesticides DGAL/SDSSA/2025-118, datée du 11 mars 2025, a fait l’objet d’un rectificatif le 4 avril 2025. Elle doit être rapprochée des textes applicables à la denrée concernée, sans en déduire une obligation supplémentaire propre à toute filière ZRP.
Comment comparer les accompagnements et les justificatifs ?
La première question n’est pas « qui garantit le ZRP ? », mais qui prend en charge chaque fonction et sur quelle pièce peut-on le constater ? La grille suivante est une méthode de consultation : elle ne classe pas les acteurs et ne certifie pas leur performance.
| Fonction | Pièce à demander | Comment l’interpréter ? |
|---|---|---|
| Ingénierie et animation de filière | Proposition précisant espèces, partenaires, étapes, livrables et calendrier | Si le périmètre et les responsables sont définis, la mission est lisible ; sinon, demander un cadrage écrit. |
| Référentiel et conseil agronomique | Version du cahier des charges, espèces couvertes, stratégie technique et engagements de chaque maillon | La compatibilité doit être examinée pour le produit visé ; une présentation générale ne suffit pas. |
| Surveillance analytique | Liste des substances, LQ, plan de prélèvement, portée des méthodes du laboratoire | Un plan cohérent avec les risques permet d’évaluer la couverture prévue ; des éléments manquants appellent un complément, pas une conformité présumée. |
| Traçabilité et gestion des écarts | Matrice des responsabilités et procédure applicable en cas de résultat non conforme | Chaque étape doit avoir un responsable identifiable ; sans procédure remise, la maîtrise des écarts reste inconnue. |

Pour une organisation qui dispose déjà d’un référentiel et de contrôles, la priorité peut être l’animation des producteurs et les engagements commerciaux. Pour un groupement qui n’a pas défini ses exigences analytiques, le cadrage technique et le plan de surveillance doivent précéder la communication sur les produits. Ces orientations sont des choix de méthode, pas un classement établi des prestataires.
Pour chaque pièce, vérifiez l’espèce, le territoire, les opérations et la version visés. Si elle précise les responsabilités, poursuivez l’évaluation ; si elle est partielle, demandez les compléments ; si elle manque, notez ce point comme inconnu. Cela ne prouve ni l’absence de compétence du prestataire ni la conformité future des produits.
Quelles étapes lancer et quels coûts demander ?
- Délimiter le projet : espèces, volumes ou périmètres envisagés, opérateurs, débouchés et attentes des acheteurs.
- Choisir le cadre : démarche collective existante ou référentiel à définir, avec les substances et les produits réellement visés.
- Répartir les missions : coordination, accompagnement agronomique, contrôle des lots, traçabilité et traitement des écarts.
- Consulter sur une base commune : faire répondre les interlocuteurs à un même périmètre écrit et comparer les livrables prévus.
Le budget ne peut pas être déduit d’un tarif national unique. Demandez que les propositions séparent les prestations de conseil et d’animation, les essais ou adaptations culturales, les prélèvements et analyses, les audits et les éventuels frais de participation à une démarche collective. Vérifiez les prestations incluses dans un forfait afin de ne pas les compter deux fois. Les financements éventuels ne doivent être intégrés qu’après confirmation de leurs critères d’éligibilité.
Par quoi commencer ?
Rédigez une fiche d’une page décrivant les espèces, les produits commercialisés, les partenaires déjà engagés et les contrôles souhaités. Transmettez-la à un interlocuteur d’ingénierie de filière et à un organisme portant une démarche ZRP, puis demandez pour chacun une mission écrite et la liste des justificatifs applicables. La comparaison sera alors fondée sur des responsabilités et des preuves, plutôt que sur une promesse générale de « zéro résidu ».